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Comment (re)découvrir un pays...

Comment (re)découvrir un pays en le (re)nommant ou Toponymies et gentilés du Canada

Confortablement installée à mon bureau, je fais des « exercices de styles » pour délier ma plume, enfin mon clavier, en ces temps où je devrais écrire à toute berzingue pour un mémoire qui n'en finit pas de ne plus finir.
Je devrais avoir déjà terminé mes quelques 200 pages mais au lieu de ça j'en suis toujours à m'arracher les cheveux sur les articles de la loi 101.
Bref, j'abandonne pour cette fois, je ne suis de toute façon pas productive. J'allume alors mon fureteur internet préféré et mue par une soudaine curiosité, je me retrouve sur le site de la Toponymie au Canada [1].
Tiens donc, qu'allons-nous apprendre de drôle aujourd'hui? (la dernière fois que je me suis rendue sur le site de Toponymie- version Québec- j'avais trouvé le charmant lieu dit St Louis du Ha! Ha! [2]

Je me penche donc dans la lecture de ce site et ses insolites informations, inutiles à placer en vie sociale, mais qui m'ont suffisamment détendue pour me permettre d'écrire cette chronique.
Voici donc l'histoire des noms insolites du Canada, ou comment redécouvrir un pays en quelques noms!

Le premier et très logique nom est celui de Canada.
Si on imagine aujourd'hui difficilement un autre nom pour ce pays, quand il a été découvert il n'en avait pas. Il a donc logiquement fallu lui en trouver un. En fait, initialement le Canada c'était la Nouvelle-France sur le Saint-Laurent (sur le golfe de l'Atlantique, les actuelles provinces maritimes et IPE on parlait d'Acadie). Lorsque Port-Royal puis Québec tombèrent, elles devinrent les 14ème et 15ème colonies britanniques en Amérique du Nord. Et ce qui était le Canada devint la Province of Quebec (Traité de Paris, 1763) amputé de la Nouvelle-Écosse (Acadie ainsi nommée suite au traité d'Utrecht, 1713), la Baie d'Hudson et Terre-Neuve.
On connaît la suite de l'histoire ou non?
Bon alors ensuite on redonne à la Province of Quebec son entièreté (Quebec Act, 1774), la guerre d'indépendance dans les 13 colonies (1776) fait afflué de nombreux loyalistes qui donne peu ou prou naissance au Constitutionnal Act (1791) partageant le territoire en Bas Canada (pour la majorité francophone, catholique, avec des lois civiles françaises) et en Haut Canada (majorité anglophone et les réfugiés loyalistes, réformés, sous un système juridique britannique). Une espèce de compromis'
S'en suit une période de réveil politique de l'élite notaires-avocats dans le Bas Canada, la naissance du parti canadien (qui devient le parti Patriote ensuite) avec Joseph-Louis Papineau pour défendre les intérêts des Canadiens français jusqu'aux « troubles de 1837 » qui conduit à l'Union Act qui unit les deux Canadas en un seul. 30 ans plus tard est proclamée la Confédération [3] canadienne. Mais on cherche alors un nom pour ce nouveau pays'
On parle alors de Albertsland, Albionora, Borealia, Britannia, Cabotia, Colonia, Efisga - les premières lettres de England, France, Ireland, Scotland, Germany et «Aboriginal lands» («terres autochtones») qui sont les pays des premières populations -, Hochelaga, Norland, Superior, Transatlantia, Tuponia (acrostiche formé à partir des noms des provinces unies de l'Amérique du Nord) et Victorialand.
Imaginez un peu votre hymne avec Tuponia (Ô Tuponia' avec ce que cela implique d'ailleurs de connotation en québécois- sur la remarque très fine de Ti'Namour), Borealia ou Efisga !
C'est d'ailleurs un peu ce que Thomas D'Arcy McGee a déclaré le 9 février 1865 : «J'ai relevé dans un journal pas moins d'une douzaine de suggestions. On propose entre autres Tuponia et Hochelaga pour désigner le nouveau pays. Je demande aujourd'hui aux honorables membres de cette Chambre de me dire comment ils se sentiraient s'ils se levaient un bon matin et s'appelaient tout à coup, non pas des Canadiens, mais des Tuponiens ou des Hochelagais. »
Heureusement les arguments de McGee ont été entendus; le 1er juillet 1867, «les provinces du Canada, la Nouvelle-Écosse et le Nouveau-Brunswick» sont devenues «une seule confédération appelée Canada».

Pour le Nouveau-Brunswick, j'ai appris qu'il faisait initialement partie de la Nouvelle-Écosse et c'est l'afflux des loyalistes qui a conduit à sa formation.
La séparation a eu lieu le 10 septembre 1784, et «le nom a été choisi en l'honneur du roi George III (1760-1820), qui descendait de la Maison de Brunswick».
Le site rapporte que parmi les autres noms proposés, il y avait « New Ireland », mais l'Irlande à l'époque était déjà en opposition avec l'Angleterre, et Pittsylvania, en l'honneur de William Pitt, qui était premier ministre britannique à l'époque celui-là même qui déclarera l'union de l'Irlande à l'Angleterre.
Avant ça la Nouvelle-Écosse était Acadie, du micmac Quoddy ou Cady qui était utilisé par les Français sous la forme cadie et désignait une parcelle de terre ou un territoire ou plus vraisemblablement du nom Archadia utilisé par Giovanni da Verrazano en 1524 sur un relevé topographique pour désigner les côtes verdoyantes de la Pennsylvanie proche.

Le nom Québec était initialement pour la ville et sa proche région, avant de devenir le nom de la Province.
Premières orthographes signalées par le site : Quebecq (Levasseur, 1601); Kébec (Lescarbot, 1609), Quebec (Champlain, 1613). En 1632, Champlain décrivait l'endroit comme suit dans ses notes : «... un détroit dans le fleuve, comme le disent les Indiens». Il faisait référence au mot algonquin signifiant «passage étroit» ou «détroit», employé pour désigner le resserrement du fleuve à la hauteur du cap Diamant. Le terme est commun à l'algonquin, au cri et au micmac et a la même signification dans les trois dialectes.
On sait aussi que la ville de Québec portait un autre nom avant celui-ci, mais ceci étant une partie du jeu que je vous propose en fin de texte, je tairais donc le nom'

Le nom d'origine amérindienne Ontario a d'abord été appliqué au lac Ontario (1641). On pense qu'il pourrait s'agir d'un variante du mot Onitariio, qui signifie «lac magnifique», ou de Kanadario, qui a été traduit par eau «pétillante» et eau «belle». Plus tard, les colons européens ont donné ce nom aux terres bordant le lac, et la région ainsi nommée s'est étendue avec le temps. On employait parfois le terme «Old Ontario» pour désigner la portion sud de la province. Ce territoire est entré dans la Confédération en tant que province de l'Ontario en 1867.
La capitale de la province, et du pays, a d'abord porté le nom de Bytown jusqu'en 1855, en l'honneur du colonel John By (1781-1836), membre de la Royal Engineers, à qui le gouvernement britannique avait confié la construction du canal Rideau. On retrouve ce nom dans le célèbre marché touristique, le marché By ou ByWard Market.
Le nom Ottawa est dérivé du terme algonquin adawe, qui signifie «commercer». On appelait ainsi la tribu qui contrôlait le commerce sur la rivière des Outaouais. Le nom «Ottawa» a été donné d'abord à la rivière, puis à la ville.
On trouve dans cette province une ville au nom originel fort savoureux :Collingwood.
Collingwood fut ainsi nommée en 1853 en l'honneur de lord Cuthbert Collingwood, amiral britannique et lieutenant d'Horatio Nelson lors de la bataille de Trafalgar. La ville porta plusieurs autres noms, notamment Hurontario, Nattawa et le meilleur de tous Hens-and-Chickens Harbour (littéralement, «port de la poule et des poussins»), parce qu'il y aurait dans la baie une grande île et quatre plus petites. Aurait du garder ce nom je trouve !

Le nom Saskatchewan est dérivé d'un autre nom, qui a d'abord été appliqué à la rivière Saskatchewan. Dans la langue crie, cette rivière s'appelait Kisiskatchewani Sipi, ou «rivière au cours rapide». L'explorateur Anthony Henday a donné au terme l'ortographe Keiskatchewan, dont la version moderne Saskatchewan a été adoptée officiellement en 1882, lorsqu'une portion de la province actuelle a été désignée district provisoire des Territoires du Nord-Ouest. Le statut de province a été acquis en 1905.
J'ai personnellement adoré l'histoire du nom de la capitale de cette province Régina. À l'origine la ville semble-t-il s'appelait Pile O'Bones («tas d'os») et n'a pris son nom actuel qu'en 1832 en l'honneur de sa belle-maman la reine (Regina) Victoria d'Angleterre.
Dans cette province on trouve aussi la ville dont j'ai longtemps hérité le surnom (un vieux souvenir d'un ami avec qui nous avions rêvé de parcourir le Canada d'est en ouest sans jamais avoir pu le faire et qui donna naissance à mon intérêt pour le Canada) : Saskatoon, signifiant « les premières baies».
J'ai été enchanté de découvrir l'origine de ce nom, comme le rapporte le site, donné à la ville par John N. Lake : « Le premier dimanche d'août 1882, j'étais allongé dans ma tente vers 3 h de l'après-midi quand un jeune homme entra, une poignée de baies rouge vif à la main. Après en avoir mangé, je lui demandai où il les avait trouvées. Il me répondit : « Sur la rive de la rivière ». Je lui demandai comment les gens les appelaient. « Des saskatoons », dit-il. Je me suis alors exclamé : «Tu viens de trouver le nom de la ville : SASKATOON. » Le nom fut officiellement accepté par les dirigeants cet hiver-là et consigné au procès-verbal. »

Une grande partie du territoire continental s'est appelée à l'origine «New Caledonia». Cependant, on a plus tard rejeté ce nom (qui existait déjà dans le Pacifique-Sud, la Nouvelle-Calédonie chère à O'Hana je crois) au profit de British Columbia- Colombie britannique. Il semble que cette désignation ait été établie par la reine Victoria. Elle a été adoptée officiellement en 1858. L'appellation «Columbia» (du fleuve Columbia, qui avait été nommé par le capitaine américain Robert Gray en l'honneur de son navire Columbia) avait auparavant été utilisée de façon non officielle pour désigner la portion sud de la colonie.

Le Nunavut signifie « notre pays » en inuktitut et est devenue une entité à part entière le 1er avril 1999. Voir à ce propos d'ailleurs toute la partie sur les nominations autochtones.

Au début, le terme Territoires du Nord-Ouest était utilisé pour désigner les vastes terres situées au nord-ouest du lac Supérieur. Plus tard, son aire d'application a été étendue aux terres qui devaient ensuite devenir la Saskatchewan et l'Alberta. Depuis le 1er janvier 1920, il désigne «la partie du Nord du Canada qui s'étend du Territoire du Yukon jusqu'à la baie d'Hudson et qui comprend l'île de Baffin, les îles de la baie James, la baie d'Hudson, le détroit d'Hudson et l'archipel Arctique».
Yellowknife est maintenant la capitale des Territoires du Nord-Ouest; elle a été constituée le 1er janvier 1970. Elle a d'abord été le dernier lieu de ruée vers l'or en Amérique du Nord, après qu'on y a découvert de l'or, en 1934. L'origine du nom serait liée aux Athapascans, des amérindiens qui utilisaient des outils faits de chalcopyrite (minerai de cuivre de couleur jaune).

Le territoire du Yukon a été établi le 13 juin 1898. Le nom, d'origine amérindienne, a d'abord été appliqué ici aussi à la rivière. Il provient de Yu-kun-ah, qui signifie «grande rivière». Il a été noté pour la première fois en 1846 par John Bell (1799-1868), un employé de la Compagnie de la Baie d'Hudson, «qui a désigné le cours d'eau par ce qu'il croyait être son nom indien».
Capitale du Yukon depuis 1953, Whitehorse est nommée d'après les rapides Whitehorse, dont on dit qu'ils ressemblent à la crinière d'un cheval blanc.

En Alberta, on trouve la ville Medicine Hat, littéralement chapeau-coiffe d'un homme médecin-sorcier. Ce serait la traduction de saamis, un terme de la langue indienne pied-noir qui signifie « coiffure de sorcier ».
Le site rapporte ces anecdotes : «le nom rappelle une bataille entre les tribus crie et pied- noir, au cours de laquelle le sorcier autochtone perdit sa coiffure dans la rivière. Une autre associe le nom au massacre d'un groupe de colons blancs, au cours duquel le sorcier autochtone se serait emparé du chapeau luxueux que portait l'une des victimes. Une autre explication veut que le nom fut donné à une colline située à l'est de la ville, parce que sa forme rappelait la coiffure d'un sorcier autochtone. Une autre voudrait que le nom soit lié au sauvetage d'une Autochtone des eaux de la rivière Saskatchewan Sud par un brave Autochtone, sur la tête duquel un sorcier autochtone plaça sa coiffe en signe d'admiration. Enfin, selon une autre légende, le nom fut donné à la localité parce qu'un chef autochtone vit en rêve un Autochtone sortant de la rivière Saskatchewan Sud coiffé de la parure à plumes d'un sorcier.» Ouf, que de suppositions!
Quand je me suis rendue aux Iles de la Madeleine l'été dernier avec Ti'Namour, nous avons fait le trajet en voiture de Montréal jusqu'au port d'embarquement du traversier (12heures de route quand même!) situé sur l'Ile du Prince Édouard à la ville de Souris. Alors autant dire que nous avons fait avec mon couple d'amis français de l'université qui nous accompagnait fortes suppositions sans jamais en savoir l'origine. Grâce à ce site je sais désormais plus ou moins l'origine du mot, voici ce qu'ils en racontent : «Les premières occurrences de ce toponyme sont havre à la Souris (Bellin, 1744) et Cap à la Soury (de la Roque, 1752). Les experts ne s'entendent pas sur l'origine exacte de ce nom. On sait qu'au XVIIIe siècle, la région était périodiquement infestée de souris, d'où la thèse associant ce toponyme au nom de la « Mouse River ». Selon Alan Rayburn, cependant, il se pourrait que le toponyme havre à la Souris soit une déformation du toponyme « Havre à l'Échourie » (le mot « Échourie » désignant une barre formée à l'embouchure de la rivière Souris), et que le nom Souris en soit dérivé.»

Pour finir sur une note plus ludique, je vous propose un jeu de devinette : voici les gentilés (nom savant de «nom des habitants») de plusieurs villes et/ou villages ou régions du Québec [4], saurez-vous les retrouver?
Attention, ces noms sont parfois les formes anciennes (avec la date quand c'est connu) de noms bien trop connus, histoire de corser le jeu !
1. Métropolitains
2. Stadaconans
3. Témiscabitibiens
4. Sabléens
5. Saint-Pauliens (époque inconnue)
6. Carougeois (époque inconnue)
7. Chibougamauite (1956)
8. Chékoutimiens (1913)
9. Gasponiens (1880)
10. Grandbyens
11. Kahnawakeronons
12. Tortulinois spécialement pour toi Fortsympa celui-là!-
13. Latuquois
14. Lévisiens
15. Bizardiens
16. Coudrilois
17. Tremblantois -érotique et romantique dit Ti'Namour!-
18. Rikiens (1920)
19. Septiliens

[1] Je n'ai pas retenu toutes les histoires mais seulement celles que j'ai réellement trouvé insolites. Je vous invite donc à aller lire les manquantes par vous-mêmes sur le site de la Toponymie : http://geonames.nrcan.gc.ca/index_f.php
Certaines informations ont été complétées sur la base de deux ouvrages :
- Amérique française, l'aventure de Alain Beaulieu et Yves Bergeron publié aux édition FIDES 2002 en collaboration avec les excellents Musée de la civilisation et Musée de l'Amérique française de Québec
- Canada Québec 1534-2000 de Jacques Lacoursière, Jean Provencher et Denis Vaugeois aux éditions Septentrion en 2001.
[2] Pour voir où se situe ce chef-d'oeuvre de la toponymie, voir la carte à cette adresse : http://www.toponymie.gouv.qc.ca/carto.asp?Speci=57132&Latitude=47,66195&Longitude=-68,98417&Zoom=1700
[3] Le choix de ce nom pourrait porter à confusion. Une confédération est littéralement l'organisation prise pour rassembler sous une même bannière des état souverains, les institutions fédérales exerçant des compétences restreintes. On est à même de dire que le Canada est plutôt une fédération -littéralement composée d'entités politiques distinctes sans appartenance ethnique, linguistique, religieuse, culturelle spécifique- fondée sur des fronts pionniers de peuplement.
On pourrait y voir à l'origine en 1791 mais encore aujourd'hui une forme de fédéralisme asymétrique qui donne aux entités fédérées, celles surtout qui ont un projet de société spécifique à défendre (comme le Bas Canada en 1791, le Québec aujourd'hui pour parler de ce que je connais), des droits et des pouvoirs législatifs et budgétaires dont ne jouiraient pas d'autres entités purement « territoriales » et « administratives ». Certains parlent aussi de « consociation » pour l'avenir du Canada. Le mot consociation a été forgé dans les années 60 pour caractériser des sociétés qui connaissaient une configuration commune : une forte segmentation de la société selon des critères ethniques, linguistique (Suisse, Belgique), idéologique (Autriche) ou religieux (Pays-Bas) et une institutionnalisation aboutie de la négociation entre les élites représentant ces différents segments' À suivre donc'
[4] Le site de référence est : http://www.toponymie.gouv.qc.ca/lesgentiles.asp

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5098 - 20/8/2008

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